Les peurs et l’anxiété chez l’enfant : quand sont-elles normales et quand faut-il s’en préoccuper ?

Petit garçon inquiet avec son doudou, accompagné par Laëtitia dans le cabinet Mon lieu ressources

Avoir peur fait partie de l’enfance. Peur du noir, des monstres, des chiens, de se séparer de ses parents, d’aller à l’école, de faire une erreur ou encore qu’il arrive quelque chose à quelqu’un que l’on aime… Les peurs évoluent avec l’âge et sont souvent une étape normale du développement. Mais lorsqu’elles deviennent très présentes, qu’elles durent ou qu’elles empêchent l’enfant de vivre certaines situations, il peut être utile de chercher à mieux comprendre ce qui se passe.

Avoir peur est normal

La peur est une émotion utile.

Elle nous permet de repérer un danger et prépare notre corps à réagir pour nous protéger. Chez l’enfant, ce système de protection est bien présent, alors même que sa capacité à comprendre les situations, à relativiser et à se rassurer est encore en construction.

Une peur peut donc paraître disproportionnée à un adulte tout en étant réellement ressentie par l’enfant.

Dire simplement « il n’y a aucune raison d’avoir peur » ne suffit pas toujours. Pour lui, à cet instant, la peur existe vraiment.

Cela ne signifie pas pour autant qu’il souffre d’un trouble anxieux.

Certaines peurs apparaissent, évoluent puis disparaissent naturellement au cours du développement.

Les peurs changent avec l’âge

Les inquiétudes d’un enfant de trois ans ne sont généralement pas les mêmes que celles d’un enfant de dix ans ou d’un adolescent.

Chez les plus jeunes, on peut notamment retrouver la peur de la séparation, des personnes inconnues, du noir, des bruits, des animaux ou de personnages imaginaires.

En grandissant, les préoccupations peuvent davantage concerner les accidents, la maladie, la mort, l’école, les résultats, le regard des autres ou les relations avec les camarades.

À l’adolescence peuvent également prendre une place importante la peur de ne pas être à la hauteur, le jugement des autres, l’apparence, l’appartenance au groupe, les examens ou l’avenir.

Ces peurs ne suivent évidemment pas un calendrier précis. Chaque enfant se développe à son rythme, avec son tempérament, son vécu et son environnement.

Peur, inquiétude et anxiété : quelle différence ?

Ces mots sont souvent utilisés les uns pour les autres, pourtant ils ne décrivent pas tout à fait la même chose.

La peur

La peur apparaît généralement face à quelque chose que l’enfant identifie : un chien, un orage, une piqûre, l’obscurité, une séparation…

Elle peut être très forte, mais elle est liée à un élément relativement précis.

L’inquiétude

L’enfant anticipe ce qui pourrait se produire.

Et si maman arrivait en retard ?
Et si je me trompais devant toute la classe ?
Et si je vomissais ?
Et si quelque chose arrivait à papa ?

Ces pensées peuvent être ponctuelles et tout à fait normales.

L’anxiété

L’anxiété peut être plus diffuse. L’enfant ressent qu’un danger pourrait arriver sans toujours réussir à expliquer clairement ce qui l’inquiète.

Elle peut aussi apparaître bien avant la situation redoutée : plusieurs heures, plusieurs jours ou parfois davantage.

Le corps peut alors réagir comme s’il devait déjà faire face au danger.

L’enfant ne dit pas toujours : « Je suis anxieux »

Chez l’enfant, l’anxiété ne se manifeste pas uniquement par des paroles.

Certains enfants peuvent dire qu’ils ont peur ou qu’ils sont inquiets. D’autres vont surtout exprimer leur malaise par leur comportement ou par leur corps.

On peut par exemple observer :
des maux de ventre ou de tête répétés ;
des difficultés d’endormissement ou des réveils nocturnes ;
des cauchemars ;
une irritabilité inhabituelle ;
des pleurs fréquents ;
des difficultés à se concentrer ;
un besoin important d’être rassuré ;
une difficulté à se séparer ;
des changements dans l’alimentation ;
un refus de certaines situations.

Un enfant peut aussi sembler très calme, discret ou particulièrement sage tout en étant très inquiet intérieurement.

C’est pourquoi il est parfois difficile pour l’entourage de repérer ce qu’il traverse.

Quand une peur commence à prendre beaucoup de place

Ce n’est pas uniquement la nature de la peur qui permet de savoir si elle devient problématique.

Il est surtout utile d’observer la place qu’elle prend dans la vie de l’enfant.

Par exemple, avoir peur d’un chien peut être compréhensible. Mais si l’enfant ne veut plus sortir, refuse d’aller au parc ou change systématiquement de trottoir longtemps avant d’apercevoir un animal, cette peur commence à limiter son quotidien.

De même, une inquiétude avant une évaluation scolaire peut être normale. Elle mérite davantage d’attention lorsqu’elle provoque régulièrement des douleurs, des crises importantes, des troubles du sommeil ou un refus d’aller à l’école.

L’évitement est donc un repère important.

Plus l’enfant organise son quotidien pour ne pas rencontrer ce qui lui fait peur, plus cette peur risque de prendre de la place.

Certaines peurs apparaissent après une expérience marquante

Une peur peut parfois s’installer à la suite d’une situation vécue comme difficile ou impressionnante.

Une maladie, une chute, une morsure, des vomissements, une hospitalisation, une séparation, un événement familial, une situation vécue à l’école ou encore une forte frayeur peuvent laisser une trace.

Deux enfants confrontés au même événement ne réagiront pas nécessairement de la même manière.

L’un pourra rapidement reprendre son quotidien tandis qu’un autre restera en alerte plus longtemps.

La réaction dépend de nombreux éléments : l’âge, le tempérament, la façon dont l’événement a été vécu, les expériences précédentes, le contexte familial et les ressources dont dispose l’enfant à ce moment-là.

Il est donc important de ne pas comparer.

Et lorsque l’enfant ne sait pas expliquer ce qui lui arrive ?

Les adultes cherchent naturellement à comprendre :
Pourquoi as-tu peur ?
Qu’est-ce qui s’est passé ?
Pourquoi tu ne veux plus y aller ?

Mais un enfant n’a pas toujours la réponse.

Il peut ressentir quelque chose de très fort sans parvenir à mettre des mots dessus. Il peut aussi donner une explication qui ne correspond qu’à une partie de ce qu’il vit.

Cela ne signifie pas qu’il cache quelque chose ou qu’il refuse de parler.

Il peut simplement ne pas encore disposer des mots, du recul ou de la compréhension nécessaires pour expliquer ce qui se passe en lui.

Faut-il toujours essayer de rassurer ?

Rassurer son enfant est naturel et souvent nécessaire.

Cependant, lorsqu’une peur revient très fréquemment, l’enfant peut avoir besoin d’être rassuré encore et encore sans que cela suffise durablement.

Il peut demander :
Tu es sûre que tu vas revenir ?
Tu es sûre que je ne vais pas être malade ?
Tu es sûr qu’il ne va rien arriver ?
Tu es certaine que je vais réussir ?

La question n’est alors plus seulement de lui apporter une nouvelle réponse rassurante, mais de chercher à comprendre ce qui entretient cette insécurité.

À l’inverse, se moquer de la peur, la minimiser ou forcer brutalement l’enfant à affronter ce qui l’effraie peut augmenter son sentiment de ne pas être compris.

Reconnaître ce qu’il ressent ne signifie pas confirmer qu’il existe réellement un danger. Cela consiste simplement à reconnaître que, pour lui, cette émotion est présente.

Quand faut-il commencer à s’en préoccuper ?

Il n’existe pas un signe unique qui permettrait de dire qu’une peur est devenue anormale.

Plusieurs éléments peuvent cependant inviter à être attentif :
la peur persiste et ne semble pas diminuer avec le temps ;
elle devient de plus en plus intense ;
l’enfant évite de nombreuses situations ;
elle perturbe son sommeil, son alimentation ou sa scolarité ;
elle l’empêche de participer à certaines activités ;
elle complique les séparations ;
elle réduit progressivement son autonomie ;
elle provoque régulièrement des manifestations physiques ;
elle entraîne une souffrance importante pour l’enfant ou pour la famille.

Un changement marqué ou durable dans le comportement de l’enfant mérite également d’être entendu.

Ces signes ne signifient pas automatiquement qu’un enfant présente un trouble anxieux. Ils indiquent surtout qu’il peut être utile d’essayer de comprendre davantage ce qu’il traverse.

Et chez l’adolescent ?

Avec l’adolescence, certaines peurs deviennent moins visibles.

L’adolescent ne vient pas forcément dire qu’il a peur.

L’anxiété peut apparaître derrière de l’irritabilité, des difficultés à dormir, des douleurs physiques, un retrait social, une baisse des résultats scolaires, une perte de confiance ou l’évitement de certaines situations.

Le regard des autres peut également prendre une importance considérable.

Prendre la parole en classe, entrer dans un groupe, passer un oral, manger devant d’autres personnes, pratiquer une activité ou simplement avoir le sentiment d’être observé peuvent devenir très difficiles.

Là encore, une certaine appréhension est normale. C’est son intensité et surtout son impact sur la vie quotidienne qui doivent guider l’attention des adultes.

Comprendre avant de vouloir faire disparaître la peur

Lorsqu’un enfant a peur, le premier réflexe des adultes est souvent de chercher à supprimer cette peur le plus rapidement possible.

Pourtant, une émotion n’apparaît pas sans raison.

Il peut être intéressant de chercher ce qu’elle vient signaler, dans quelles situations elle apparaît, depuis quand elle est présente et ce qui semble l’augmenter ou l’apaiser.

Cette compréhension permet de regarder l’enfant dans sa globalité plutôt que de se concentrer uniquement sur le comportement visible.

Un refus, une crise, des pleurs ou une plainte physique peuvent parfois être la partie visible d’une inquiétude que l’enfant ne parvient pas encore à exprimer autrement.

Quand un accompagnement peut-il être utile ?

Lorsque les peurs ou l’anxiété deviennent envahissantes, persistent ou commencent à limiter la vie quotidienne de l’enfant, il peut être utile d’en parler avec un professionnel.

Selon la situation, le médecin traitant ou le pédiatre peut notamment aider à évaluer les manifestations observées et à orienter vers le professionnel adapté si nécessaire.

Un accompagnement thérapeutique peut également permettre de prendre le temps de comprendre ce qui se joue pour l’enfant : son histoire, son environnement, ce qu’il ressent, la façon dont il perçoit certaines situations et les mécanismes qui peuvent entretenir ses difficultés.

Dans mon accompagnement à Mon lieu ressources, je prends en compte l’enfant dans sa globalité et j’adapte ma manière de travailler à son âge, à son fonctionnement et à ce qu’il est prêt à exprimer.

Selon ses besoins, différents outils peuvent être proposés au cours des rendez-vous, sans chercher à lui imposer une manière de ressentir ou de réagir.

L’objectif n’est pas de faire disparaître toutes les peurs — elles font partie de la vie — mais d’aider l’enfant à retrouver davantage de sécurité intérieure et à pouvoir poursuivre son développement sans que la peur prenne toute la place.

À retenir

Avoir peur ou se sentir anxieux à certains moments fait partie du développement de l’enfant et de l’adolescent.

Toutes les peurs ne nécessitent donc pas un accompagnement.

En revanche, lorsqu’une peur persiste, devient très intense, entraîne des évitements ou commence à perturber le sommeil, l’école, les relations ou les activités quotidiennes, elle mérite davantage d’attention.

Plutôt que de chercher uniquement à faire cesser le comportement visible, comprendre ce que vit l’enfant permet souvent de porter un autre regard sur ses réactions et de déterminer s’il a besoin d’une aide supplémentaire.