Il commence ses devoirs, puis regarde par la fenêtre. Il se lève pour aller chercher un crayon et revient avec autre chose. Il faut répéter plusieurs fois une consigne. À table, il bouge, parle, observe tout ce qui se passe autour de lui. À l’école, on dit parfois qu’il est dans la lune ou qu’il manque de concentration.
Pour les parents, ces situations peuvent devenir fatigantes et susciter beaucoup de questions : Est-ce normal ? Est-ce qu’il ne fait pas assez d’efforts ? Est-ce qu’il manque de volonté ? Est-ce un problème d’attention ? Faut-il penser à un TDAH ?
Avant de chercher une explication, il est important de rappeler une chose : l’attention d’un enfant n’est pas celle d’un adulte. Elle se construit progressivement et elle peut varier énormément selon le moment, la tâche, l’environnement et l’état émotionnel de l’enfant.
Être attentif, ce n’est pas simplement rester assis sans bouger
On imagine parfois qu’un enfant attentif est un enfant calme, silencieux, qui regarde l’adulte et reste longtemps assis devant son travail.
Ce n’est pas si simple.
Un enfant peut bouger tout en écoutant. Un autre peut sembler très calme mais être complètement perdu dans ses pensées. Certains ont besoin de manipuler quelque chose, de changer légèrement de position ou de faire une petite pause pour pouvoir ensuite revenir à leur tâche.
L’attention ne se voit donc pas toujours de l’extérieur.
Être attentif demande au cerveau de sélectionner certaines informations parmi toutes celles qu’il reçoit, de laisser de côté ce qui n’est pas utile à ce moment-là et de maintenir suffisamment longtemps son effort mental pour réaliser une activité.
Et pour un cerveau encore en développement, cela représente beaucoup de travail.
Il n’existe pas une seule forme d’attention
Lorsque nous parlons de concentration, nous regroupons en réalité plusieurs capacités.
Il faut pouvoir orienter son attention vers ce qui est important : écouter la consigne de l’enseignant malgré les bruits de la classe, par exemple.
Il faut ensuite pouvoir maintenir cette attention suffisamment longtemps pour terminer une activité.
Il faut également être capable de résister aux distractions : un bruit, une pensée, un objet posé sur la table, un camarade qui bouge…
Et il faut parfois déplacer son attention d’une chose à une autre : arrêter ce que l’on faisait, écouter une nouvelle consigne, puis reprendre son travail.
À cela viennent s’ajouter d’autres fonctions cognitives importantes : la mémoire de travail, l’inhibition, la planification ou encore la flexibilité mentale.
Ainsi, lorsqu’un enfant ne termine pas une consigne comportant quatre étapes, la difficulté n’est pas nécessairement qu’il n’a pas écouté. Il peut avoir entendu la consigne mais ne pas avoir réussi à garder toutes les informations en mémoire le temps de les réaliser.
Pourquoi l’attention peut-elle décrocher ?
De nombreux facteurs peuvent influencer les capacités attentionnelles d’un enfant.
La fatigue
Un enfant fatigué mobilise beaucoup plus difficilement ses ressources cognitives.
Il peut devenir agité, irritable, rêveur, impulsif ou au contraire sembler complètement déconnecté. Chez certains enfants, la fatigue ne se manifeste donc pas forcément par une envie visible de dormir.
Le sommeil joue un rôle important dans les capacités de régulation, les fonctions exécutives, les apprentissages et le fonctionnement cognitif de l’enfant.
Avant de conclure qu’un enfant manque de concentration, il peut donc être utile de regarder aussi comment il dort : heure du coucher, difficultés d’endormissement, réveils nocturnes, sommeil agité, ronflements, réveil difficile, fatigue dans la journée…
Les émotions
Il est difficile d’apprendre lorsque notre cerveau est occupé à gérer autre chose.
Un enfant inquiet par une situation familiale, une difficulté scolaire, une dispute avec un camarade ou la peur de ne pas réussir peut avoir beaucoup moins de disponibilité mentale pour écouter une leçon ou effectuer un exercice.
La colère, la tristesse, l’anxiété ou le stress peuvent mobiliser une partie importante de ses ressources.
Ce que l’adulte interprète comme un manque d’attention peut parfois traduire un cerveau déjà très occupé.
Une tâche trop difficile… ou parfois trop facile
Pour rester engagé, l’enfant doit pouvoir comprendre ce qu’on lui demande et percevoir qu’il a une possibilité de réussir.
Une activité trop complexe peut rapidement entraîner découragement, évitement ou agitation.
Mais une activité qui ne demande quasiment aucun effort peut également favoriser le décrochage.
La concentration dépend donc aussi de l’adéquation entre la tâche proposée et les capacités de l’enfant.
Une consigne trop longue
Range tes chaussures, prends ton cartable, mets ton cahier dedans, n’oublie pas ton manteau et viens m’attendre dans l’entrée.
Pour un adulte, cette phrase semble simple.
Pour un jeune enfant, elle demande de retenir plusieurs informations tout en passant à l’action.
Il peut réaliser la première étape… puis oublier toutes les autres.
Dans ce cas, répéter plus fort la même consigne ne l’aidera pas nécessairement. La fractionner peut être beaucoup plus efficace.
L’environnement
Télévision allumée, conversations, téléphone qui sonne, objets sur la table, frères et sœurs qui jouent à proximité…
Certains enfants parviennent relativement facilement à filtrer les informations inutiles. Pour d’autres, chaque stimulation vient solliciter leur attention.
Réduire temporairement les distracteurs peut alors diminuer considérablement l’effort nécessaire pour rester concentré.
Le besoin de bouger
Le mouvement et l’attention ne sont pas nécessairement opposés.
Un enfant qui s’est contenu longtemps à l’école peut avoir besoin de courir, sauter, marcher ou simplement changer de position avant de pouvoir à nouveau mobiliser son attention.
Demander davantage d’immobilité à un enfant déjà saturé n’est donc pas toujours la réponse la plus efficace.
Et les écrans ?
Il serait trop simple d’affirmer que les écrans empêchent les enfants de se concentrer.
Les recherches actuelles invitent à regarder non seulement la durée d’utilisation, mais également le contenu, le contexte et la manière dont les écrans sont utilisés.
Regarder un programme adapté avec un adulte, jouer à un jeu, enchaîner rapidement des vidéos courtes ou travailler tout en consultant régulièrement son téléphone ne sollicitent pas l’attention de la même manière.
Le multitâche numérique, notamment lorsqu’un écran intervient pendant une autre activité demandant de la concentration, peut rendre le maintien de l’attention plus difficile.
Les écrans peuvent également agir indirectement lorsqu’ils prennent la place du sommeil, du mouvement, du jeu libre, des interactions ou des moments de calme.
L’objectif n’est donc pas de désigner les écrans comme responsables de toutes les difficultés attentionnelles, mais de réfléchir à leur place dans l’équilibre global de l’enfant.
Une difficulté d’attention signifie-t-elle forcément TDAH ?
Non.
Tous les enfants peuvent être inattentifs, impulsifs ou particulièrement remuants à certains moments.
La fatigue, le manque de sommeil, l’anxiété, certaines difficultés d’apprentissage, des problèmes sensoriels ou d’autres situations peuvent également produire des manifestations qui ressemblent à des difficultés attentionnelles.
Le trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, ou TDAH, est un trouble du neurodéveloppement. Son évaluation ne repose pas sur un comportement isolé ni sur un test unique.
On s’intéresse notamment à la persistance des difficultés, à leur intensité, à leur présence dans différents environnements et surtout à leurs conséquences dans la vie quotidienne de l’enfant : apprentissages, autonomie, relations avec les autres, vie familiale…
Un enfant qui se déconcentre beaucoup n’a donc pas nécessairement un TDAH.
Et inversement, le fait qu’un enfant puisse rester très longtemps concentré sur une activité qui le passionne ne permet pas à lui seul d’écarter une difficulté attentionnelle.
Comment aider un enfant à mieux mobiliser son attention ?
Avant de lui demander de faire davantage d’efforts, il est souvent plus utile de chercher ce qui lui demande autant d’efforts.
Quelques ajustements simples peuvent déjà changer beaucoup de choses :
- donner une consigne à la fois lorsqu’il est en difficulté ;
- vérifier qu’il a compris en lui demandant ce qu’il va faire plutôt qu’en demandant simplement Tu as compris ? ;
- découper une tâche longue en petites étapes ;
- alterner les périodes demandant beaucoup de concentration avec de courtes pauses ;
- limiter les distractions inutiles pendant une activité importante ;
- permettre du mouvement lorsque cela l’aide à se réguler ;
- utiliser des repères visuels : planning, étapes dessinées, liste à cocher ;
- prévenir avant les changements d’activité ;
- valoriser l’effort, la stratégie utilisée et les progrès plutôt que seulement le résultat ;
- observer les moments où l’attention fonctionne mieux afin de comprendre ce qui aide réellement l’enfant.
L’objectif n’est pas de transformer l’enfant en élève parfaitement immobile et concentré pendant des heures.
Il s’agit progressivement de l’aider à mieux comprendre son propre fonctionnement et à découvrir les stratégies qui lui permettent d’être disponible au bon moment.
Lorsque l’enfant dit Je n’y arrive pas
Les difficultés attentionnelles finissent parfois par toucher autre chose : la confiance en soi.
À force d’entendre Dépêche-toi, Concentre-toi, Écoute un peu, Tu pourrais le faire si tu faisais attention, l’enfant peut finir par conclure qu’il n’est pas capable.
Or se concentrer est une compétence complexe, pas une simple question de bonne volonté.
Il peut être beaucoup plus constructif de chercher avec lui :
Qu’est-ce qui t’a aidé cette fois-ci ?
À quel moment cela devient difficile ?
De quoi aurais-tu besoin pour commencer ?
Est-ce plus facile si nous faisons une étape après l’autre ?
Progressivement, l’enfant peut apprendre à observer son fonctionnement plutôt qu’à se juger.
La remédiation cognitive : apprendre à mieux utiliser ses ressources
Lorsque certaines difficultés persistent, un travail de remédiation cognitive peut notamment permettre d’explorer avec l’enfant différentes fonctions impliquées dans les apprentissages : attention, mémoire, inhibition, organisation, planification, flexibilité, repérage spatial…
L’objectif n’est pas simplement de réussir un exercice.
L’enfant est amené à observer comment il s’y prend, à essayer différentes stratégies, à comprendre ce qui fonctionne mieux pour lui puis à réutiliser ces découvertes dans d’autres situations.
Il peut ainsi progressivement passer de Je n’y arrive pas à Comment pourrais-je m’y prendre autrement ?
La remédiation cognitive ne remplace bien sûr pas une évaluation médicale, neuropsychologique, orthophonique, psychomotrice ou tout autre accompagnement lorsqu’ils sont nécessaires. Elle peut venir s’inscrire dans une prise en charge plus globale, adaptée aux besoins de chaque enfant.
Quand demander un avis professionnel ?
Il peut être intéressant d’en parler avec un professionnel lorsque les difficultés sont importantes, durent dans le temps ou ont un véritable retentissement sur la vie de l’enfant.
Par exemple lorsqu’elles compliquent fortement les apprentissages, provoquent beaucoup de conflits au quotidien, mettent l’enfant régulièrement en échec, sont observées à la fois à la maison et à l’école ou s’accompagnent d’autres difficultés concernant le sommeil, le langage, les apprentissages, les émotions ou le comportement.
Chercher à comprendre ne signifie pas nécessairement rechercher un diagnostic.
Cela permet avant tout d’identifier les besoins de l’enfant afin de lui proposer les aides les plus adaptées.
À retenir
Un enfant qui se déconcentre n’est pas forcément un enfant qui ne veut pas faire d’efforts.
Son cerveau peut être fatigué, préoccupé, surchargé par les informations, gêné par son environnement ou simplement encore en train d’apprendre à mobiliser et organiser ses ressources attentionnelles.
Avant de répéter Concentre-toi, une autre question peut parfois ouvrir davantage de possibilités :
Qu’est-ce qui pourrait t’aider à y arriver ?

