Quand on parle d’hypnose, les représentations sont nombreuses : une personne qui semble dormir, quelqu’un qui perdrait le contrôle, un spectacle à la télévision, une séance destinée à accompagner une difficulté… Mais qu’est-ce que l’hypnose réellement ? Que se passe-t-il pendant une séance ? Et pourquoi entend-on parler d’hypnose éricksonienne, humaniste, classique, spirituelle ou encore médicale ?
L’hypnose est à la fois un phénomène étudié scientifiquement et une pratique qui a donné naissance, au fil du temps, à différentes approches.
Pour mieux la comprendre, il est donc utile de commencer par distinguer ce qu’est l’état hypnotique, les différentes manières de l’utiliser et les nombreux domaines dans lesquels elle peut être proposée.
L’hypnose n’est pas du sommeil
Le mot « hypnose » vient du grec hypnos, qui signifie sommeil. Pourtant, être sous hypnose ne signifie pas dormir.
Une personne en état d’hypnose peut entendre ce qui se passe autour d’elle, ressentir son corps, réfléchir, parler, bouger et parfois garder un souvenir très précis de la séance.
Ce qui change principalement concerne la manière dont l’attention est mobilisée.
L’American Psychological Association décrit notamment l’hypnose comme un état de conscience associant une attention focalisée, une diminution de l’attention portée à ce qui se trouve en périphérie et une plus grande capacité à répondre aux suggestions.
Les chercheurs ne s’accordent d’ailleurs pas tous sur la manière exacte de définir cet état : certains parlent d’un état modifié de conscience, tandis que d’autres mettent davantage l’accent sur les mécanismes d’attention et de suggestion.
Ce qui est aujourd’hui établi, c’est que l’hypnose ne correspond pas simplement au sommeil et qu’elle peut s’accompagner de modifications du fonctionnement cérébral observables par les techniques d’imagerie.
Une autre manière de porter son attention
Nous ne portons pas constamment la même attention à tout ce qui nous entoure.
Lorsque nous sommes complètement absorbés par un livre, un film, une musique, une activité créative ou même nos pensées, certaines informations deviennent très présentes tandis que d’autres passent davantage en arrière-plan.
Ces situations du quotidien ne sont pas nécessairement de l’hypnose au sens où elle est pratiquée en séance. Elles permettent néanmoins de comprendre que notre attention peut naturellement se modifier.
Dans l’expérience hypnotique, cette capacité est utilisée de manière volontaire et accompagnée.
L’attention peut alors être davantage orientée vers des sensations, des images, des souvenirs, des pensées, des émotions ou des représentations intérieures.
Est-ce que l’on ressent forcément quelque chose de particulier ?
Non.
Il n’existe pas une sensation précise permettant de savoir avec certitude : « Ça y est, je suis sous hypnose. »
Certaines personnes ressentent une détente profonde.
D’autres restent très vigilantes.
Certaines voient beaucoup d’images ou ressentent fortement leur corps.
D’autres ne visualisent presque rien.
Il est également possible de continuer à penser, d’entendre les bruits autour de soi ou de se demander pendant quelques instants si l’hypnose « fonctionne ».
L’expérience peut être très différente d’une personne à l’autre, mais également d’une séance à une autre chez une même personne.
Cela ne signifie pas que l’une vit « mieux » l’hypnose que l’autre.
Perd-on le contrôle sous hypnose ?
C’est probablement l’une des questions les plus fréquentes.
L’hypnose ne consiste pas à remettre sa volonté ou son esprit entre les mains du praticien.
La suggestion joue une place importante dans de nombreuses formes d’hypnose et certaines personnes y répondent plus fortement que d’autres. Mais cela ne signifie pas que le praticien possède un pouvoir lui permettant de contrôler l’autre à sa guise.
La personne reste impliquée dans ce qu’elle vit.
Elle peut entendre, réagir, parler, exprimer un inconfort ou interrompre l’expérience.
Le consentement, la relation de confiance et le cadre dans lequel l’hypnose est proposée sont donc essentiels.
Nous reviendrons plus précisément sur cette question dans un autre article consacré à la différence entre hypnose de spectacle et hypnothérapie, car les images véhiculées par le spectacle participent beaucoup à cette crainte de perdre le contrôle.
Est-ce que tout le monde est hypnotisable ?
Nous connaissons tous, dans la vie quotidienne, des moments où notre attention se modifie naturellement.
Par exemple, il peut arriver de terminer sa journée de travail, de monter en voiture pour rentrer chez soi et, une fois arrivé, de se dire :
« Ah, je suis déjà là ! »
Le trajet a bien été effectué, les feux et les stops ont été pris en compte, mais une grande partie de notre attention était ailleurs et nous ne gardons pas forcément un souvenir précis de chaque détail du parcours.
On peut aussi vivre ce type d’absorption lorsqu’on est plongé dans un livre, un film, une musique ou une activité qui nous captive.
Ces expériences ne sont pas exactement une séance d’hypnose, mais elles montrent que notre attention peut naturellement se focaliser et se modifier.
En revanche, nous ne répondons pas tous de la même manière à une induction hypnotique ou aux suggestions proposées pendant une séance. Certaines personnes entrent très facilement dans l’expérience, d’autres ont besoin de davantage de temps, et certaines réagissent plus discrètement.
Cela ne signifie pas qu’une personne est « bonne » ou « mauvaise » en hypnose.
L’envie de participer à l’expérience compte également. Une personne ne peut pas être obligée à s’engager dans un travail qu’elle ne souhaite pas faire. Si elle ne se sent pas prête, si l’objectif ne lui appartient pas réellement ou si elle est dans une forte résistance, l’accompagnement peut être plus difficile ou moins pertinent à ce moment-là.
En hypnose, la personne reste actrice de ce qu’elle accepte d’explorer. Le travail repose donc aussi sur son accord, sa motivation et le sens que l’objectif a pour elle.
Il n’est pas nécessaire de vivre des phénomènes spectaculaires, d’oublier la séance ou d’avoir l’impression d’être « parti très loin » pour qu’une expérience hypnotique puisse avoir lieu.
Faut-il absolument réussir à lâcher prise ?
L’expression « lâcher prise » revient souvent lorsqu’on parle d’hypnose.
Elle peut pourtant devenir contre-productive lorsqu’une personne se dit :
« Il faut que j’arrête de penser. »
« Il faut que je me détende. »
« Je dois réussir à lâcher prise. »
Plus elle cherche à vérifier qu’elle y arrive, plus elle peut rester attentive à ce qu’elle devrait ressentir.
Or il n’existe pas une seule manière d’entrer dans l’expérience hypnotique.
On peut rester conscient, continuer à penser et percevoir ce qui se passe autour de soi.
L’objectif n’est pas de réussir une performance particulière.
Et le conscient, le subconscient et l’inconscient dans tout ça ?
Lorsqu’on parle d’hypnose, les mots « conscient », « subconscient » et « inconscient » reviennent souvent.
Pourtant, ces termes ne sont pas toujours utilisés de la même manière selon les approches, et ils peuvent facilement être confondus.
Plutôt que de les définir trop rapidement ici, nous leur consacrerons le prochain article : « Conscient, subconscient et inconscient : quelles différences ? »
Cela permettra de mieux comprendre ce que recouvrent réellement ces notions avant d’explorer ensuite les différentes formes d’hypnose.
Pourquoi parle-t-on de plusieurs formes d’hypnose ?
C’est ici que les choses peuvent devenir un peu confuses.
On rencontre aujourd’hui de nombreux termes associés à l’hypnose. Mais ils ne désignent pas tous la même chose.
Certains correspondent à des courants ou à des manières de pratiquer l’hypnose.
D’autres décrivent l’utilisation que l’on fait de l’hypnose.
D’autres encore correspondent à des domaines de spécialisation du praticien.
Il est donc utile de les différencier.
Les différentes approches de l’hypnose
L’hypnose classique ou traditionnelle
Historiquement, l’hypnose classique utilise volontiers des suggestions relativement directes.
Le praticien peut, par exemple, guider explicitement la personne vers certaines sensations ou certains phénomènes hypnotiques.
Ces méthodes ont beaucoup contribué à l’image traditionnelle de l’hypnose.
L’hypnose éricksonienne
Développée à partir des travaux du psychiatre américain Milton H. Erickson, l’hypnose éricksonienne utilise notamment le langage, les suggestions indirectes, les métaphores et l’adaptation à la personne.
Elle considère que l’accompagnement ne peut pas être exactement identique pour tout le monde : le langage et la manière de travailler sont ajustés à la personne et à ce qu’elle apporte.
Nous consacrerons un article entier à cette approche.
L’hypnose humaniste
L’hypnose humaniste propose une manière différente d’envisager l’expérience hypnotique, avec une place importante accordée à la conscience et à la participation active de la personne.
Elle fait également appel, dans son propre cadre théorique, au travail symbolique et à différentes représentations psychologiques.
Cette approche mérite elle aussi un article spécifique, notamment pour comprendre ce qui la différencie de l’hypnose éricksonienne.
L’hypnose conversationnelle
L’expression « hypnose conversationnelle » est généralement employée lorsque certains principes du langage hypnotique sont intégrés à une conversation, sans forcément retrouver la structure d’une séance d’hypnose formelle.
Selon les écoles et les praticiens, cette appellation peut cependant recouvrir des pratiques différentes.
L’hypnose spirituelle ou régressive
On peut également rencontrer les termes « hypnose spirituelle », « hypnose régressive » ou différentes appellations proches.
Ces approches peuvent utiliser l’état hypnotique pour explorer des représentations, des récits intérieurs ou des expériences auxquelles la personne donne parfois une signification spirituelle.
Certaines pratiques évoquent notamment les vies antérieures, l’entre-vies ou d’autres conceptions spirituelles.
Il est important ici de distinguer l’expérience subjective vécue par la personne de ce qui peut être scientifiquement établi.
Une image, une scène ou un récit apparaissant sous hypnose ne constitue pas, à lui seul, la preuve qu’un événement a réellement eu lieu ou qu’une interprétation spirituelle est objectivement vraie.
On peut accueillir ce que l’expérience représente pour la personne sans transformer cette représentation en certitude historique ou scientifique.
L’hypnose médicale : encore autre chose
Les expressions « hypnose médicale », « hypnoanalgésie » ou « hypnosédation » ne correspondent pas forcément à de nouvelles écoles d’hypnose.
Elles décrivent plutôt des contextes d’utilisation.
L’hypnoanalgésie vise notamment à agir sur l’expérience de la douleur.
L’hypnosédation peut être utilisée dans certaines procédures médicales ou chirurgicales, en complément des techniques médicales et anesthésiques habituelles.
L’Inserm distingue ainsi notamment l’hypnosédation, l’hypnoanalgésie et l’hypnothérapie parmi les différentes utilisations de l’hypnose.
Dans quels domaines l’hypnose peut-elle être utilisée ?
L’hypnose peut être utilisée dans des domaines très différents selon l’objectif de l’accompagnement.
On peut ainsi rencontrer des expressions comme :
hypnose et stress ou anxiété ;
hypnose et peurs ou phobies ;
hypnose et addictions ;
hypnose et gestion du poids ;
hypnose et traumatismes ;
hypnose et enfance ;
hypnose et périnatalité ;
hypnose et transgénérationnel ;
…
Ces expressions ne désignent pas nécessairement de nouvelles formes d’hypnose.
Elles correspondent plutôt à des domaines d’accompagnement ou de spécialisation.
Un praticien peut donc être formé à une ou plusieurs approches hypnotiques et avoir ensuite suivi des formations complémentaires pour travailler certaines problématiques particulières.
Par exemple, une spécialisation en hypnose et transgénérationnel ne signifie pas qu’il existe forcément une « hypnose transgénérationnelle » constituant une école distincte.
Le travail transgénérationnel concerne plutôt la manière d’explorer ce qui se joue autour de l’histoire familiale, des représentations héritées, des places occupées dans la famille ou de certains schémas qui peuvent se répéter ou se transmettre.
L’hypnose peut être l’un des outils utilisés dans ce travail.
La même distinction peut être faite pour les addictions, le poids, le stress ou d’autres problématiques.
Alors, qu’est-ce que l’hypnothérapie ?
Le terme hypnothérapie désigne l’utilisation de l’hypnose dans un objectif d’accompagnement thérapeutique.
Cela ne signifie pas pour autant qu’une séance d’hypnose constitue un traitement médical ni qu’elle puisse répondre à toutes les difficultés.
La recherche scientifique s’est intéressée à différents usages de l’hypnose et les résultats varient selon les problématiques étudiées.
L’Inserm rapporte notamment des résultats encourageants dans certains contextes, en particulier autour de certaines utilisations médicales de l’hypnose, tandis que les données restent insuffisantes ou non concluantes pour d’autres indications.
Il est donc préférable de se méfier des promesses selon lesquelles l’hypnose pourrait « tout traiter » ou fonctionner systématiquement.
L’hypnose ne remplace pas un diagnostic ou un suivi médical
Lorsqu’une difficulté peut relever d’une maladie, d’un trouble nécessitant une évaluation médicale ou psychiatrique ou d’une situation urgente, le recours à l’hypnose ne doit pas retarder une consultation ni remplacer les soins nécessaires.
En France, le ministère chargé de la Santé classe actuellement l’hypnose parmi les pratiques non conventionnelles en santé et rappelle l’importance de ne pas substituer ces pratiques aux traitements conventionnels lorsqu’ils sont nécessaires.
L’hypnose peut donc trouver sa place dans certains accompagnements, mais toujours dans les limites du champ de compétence du professionnel qui la pratique.
Une même hypnose ? Pas vraiment
Derrière un seul mot se trouvent finalement des réalités très différentes.
Il y a le phénomène hypnotique lui-même : cette manière particulière de mobiliser l’attention, la perception et la réponse aux suggestions.
Il y a ensuite les différentes approches développées au fil de l’histoire : classique, éricksonienne, humaniste, conversationnelle, spirituelle ou d’autres encore.
Il existe également différents usages, comme l’hypnoanalgésie, l’hypnosédation ou l’hypnothérapie.
Et enfin, il existe des spécialisations, lorsqu’un professionnel utilise l’hypnose dans l’accompagnement de certaines problématiques particulières.
Comprendre ces différences permet déjà de mieux s’y retrouver lorsque l’on entend parler « d’hypnose ».
À retenir
L’hypnose n’est ni du sommeil, ni une perte automatique de contrôle, ni un pouvoir qu’une personne exercerait sur une autre.
Elle repose notamment sur des phénomènes d’attention, de perception et de suggestion, mais l’expérience vécue peut être très différente d’une personne à l’autre.
Et surtout, parler « d’hypnose » ne suffit pas toujours à savoir de quelle pratique il est question.
Il existe plusieurs approches, plusieurs façons de l’utiliser et différents domaines de spécialisation.
Dans les prochains articles, nous approfondirons plusieurs approches de l’hypnose, ainsi que certaines de ses applications selon les publics :
Conscient, subconscient et inconscient : quelles différences ?
Hypnose de spectacle et hypnothérapie : quelles différences ?
L’hypnose éricksonienne : comment fonctionne cette approche ?
L’hypnose humaniste : une autre manière de vivre l’hypnose.
L’hypnose spirituelle : de quoi parle-t-on ?
L’hypnose chez l’enfant : une approche adaptée à son âge et à son imaginaire.
Cette série permettra de mieux comprendre les différentes façons d’aborder l’hypnose, leurs particularités et les contextes dans lesquels elles peuvent être utilisées.
Sources et repères
Inserm – Évaluation de l’efficacité de la pratique de l’hypnose, expertise scientifique réalisée à la demande de la Direction générale de la Santé, 2015.
American Psychological Association – travaux et ressources consacrés à la définition et aux recherches actuelles sur l’hypnose clinique.
Ministère chargé de la Santé – Les pratiques non conventionnelles en santé, mise à jour juin 2026.

