Les mots « conscient », « subconscient » et « inconscient » sont très souvent utilisés, notamment en hypnose. Pourtant, ils ne désignent pas trois zones parfaitement séparées du cerveau. Ils correspondent plutôt à différentes façons de parler de ce qui est présent à notre esprit, de ce qui reste facilement accessible, et de tout ce qui agit en nous sans que nous en ayons constamment conscience.
Pour mieux comprendre, on peut s’appuyer sur quelques images simples.
Le conscient : ce qui est présent ici et maintenant
Le conscient correspond à ce dont nous avons connaissance à un moment donné.
Il ne faut pas le confondre avec la conscience, qui désigne plus largement le fait d’être conscient de soi, de ce que l’on vit et de ce qui nous entoure. Le conscient désigne plutôt, ici, ce qui est actuellement accessible à notre attention.
Il concerne ce que nous percevons, pensons ou ressentons ici et maintenant.
Il nous permet notamment de porter notre attention sur ce qui nous entoure, d’utiliser nos sens, de réfléchir, d’analyser, de prendre une décision ou de choisir volontairement une action.
Par exemple, en lisant ces lignes, vous pouvez être conscient de ce que vous voyez, des sons autour de vous, de votre position ou encore d’une pensée qui vous traverse.
Pour simplifier, on peut dire que le conscient intervient davantage lorsque nous analysons, réfléchissons, calculons, comparons ou prenons volontairement une décision. À l’inverse, de nombreux automatismes, réactions émotionnelles, associations et apprentissages peuvent fonctionner sans réflexion consciente immédiate.
Cette distinction reste une image pédagogique : dans la réalité, les fonctions conscientes et non conscientes sont étroitement imbriquées.
Le conscient peut donc être comparé à un petit espace de travail mental : il contient ce qui occupe notre attention à cet instant.
Il ne représente cependant pas tout ce qui se passe dans notre cerveau.
Le subconscient : un « tiroir » facilement accessible
Le mot « subconscient » est très utilisé dans le langage courant et dans certaines approches de l’hypnose.
On peut l’imaginer comme un tiroir contenant des informations qui ne sont pas présentes dans notre conscience immédiate, mais que nous pouvons retrouver assez facilement.
Prenons un exemple très simple :
« Où ai-je posé mes clés ? »
Au moment où vous vous posez cette question, l’information n’est pas présente consciemment. Vous cherchez mentalement : vous vous rappelez être entré dans la maison, avoir posé votre sac, être passé dans la cuisine…
Puis l’information revient : « Ah oui, je les ai posées sur la table. »
Il peut s’agir, par exemple, d’un souvenir récent ou d’une information qui n’occupait plus notre attention mais que nous retrouvons lorsque nous cherchons à la rappeler.
Cette image du tiroir est utile pour comprendre ce que l’on appelle parfois le subconscient.
Il faut cependant savoir que le terme subconscient n’a pas de définition scientifique unique et consensuelle. En psychologie, on parlera plus volontiers de mémoire, d’informations accessibles, de processus automatiques ou non conscients selon ce que l’on cherche à décrire.
L’inconscient : bien plus qu’un ensemble de souvenirs
Dans certaines approches de l’hypnose, l’inconscient est envisagé comme un vaste ensemble comprenant ce qui s’est construit au fil de notre histoire.
On peut y associer :
les apprentissages ;
les automatismes ;
les associations ;
les émotions ;
les croyances ;
les habitudes ;
les représentations ;
et certaines traces de nos expériences passées.
Pour simplifier, on peut associer à ce que l’on appelle l’inconscient de nombreux processus qui fonctionnent sans réflexion volontaire immédiate : automatismes, réactions émotionnelles, associations, croyances ou schémas appris au fil du temps.
Il ne s’agit pas d’une « zone » précise du cerveau, mais d’une manière de décrire des processus qui peuvent influencer notre façon de penser, de ressentir ou d’agir sans être présents en permanence à notre conscience.
Il ne s’agit donc pas uniquement de « souvenirs anciens ».
Un souvenir d’enfance peut être parfaitement conscient, tandis qu’une réaction acquise récemment peut fonctionner de manière très automatique sans que nous sachions immédiatement pourquoi.
On sait également que des formes d’apprentissage peuvent commencer très tôt. Des travaux montrent notamment l’existence de traces d’apprentissage liées à certains sons pendant la vie fœtale. Cela ne signifie pas pour autant que nous conservons des souvenirs autobiographiques conscients de la vie intra-utérine : les souvenirs autobiographiques des premières années sont justement très limités chez l’adulte, phénomène connu sous le nom d’amnésie infantile.
Une immense mémoire de toute notre vie ?
En hypnose, on entend parfois que l’inconscient « enregistre tout ».
Cette image peut permettre de comprendre que notre histoire laisse des traces : expériences heureuses ou difficiles, apprentissages, relations, répétitions, croyances, sensations ou habitudes peuvent participer à notre manière actuelle de fonctionner.
Mais il serait trop catégorique de dire que chaque détail de notre existence serait enregistré intact et récupérable.
La mémoire reconstruit, transforme et oublie. Un souvenir retrouvé n’est pas nécessairement une reproduction parfaite de ce qui s’est réellement passé.
C’est particulièrement important lorsqu’on travaille avec l’hypnose : une image ou un souvenir apparaissant pendant une séance peut avoir une valeur subjective importante sans constituer, à lui seul, une preuve historique.
Le conscient veut parfois une chose… et les automatismes en font une autre
C’est probablement l’une des façons les plus simples de comprendre le rôle des processus non conscients.
Prenons l’exemple du tabac.
Une personne peut savoir consciemment que fumer est mauvais pour sa santé et décider :
« Je veux arrêter de fumer. »
Cette intention appartient au registre conscient.
Pourtant, certains automatismes peuvent continuer à fonctionner : prendre une cigarette pendant le café ou après le repas, lors d’une pause ou dans une situation de stress.
À cela peuvent s’ajouter des associations ou des croyances construites au fil du temps, par exemple :
« Fumer m’apaise. »
« La cigarette me permet de faire une pause. »
Le conscient peut donc vouloir changer alors que certains apprentissages, croyances et automatismes continuent à orienter le comportement.
Cela explique pourquoi comprendre intellectuellement qu’un comportement n’est plus souhaitable ne suffit pas toujours à le modifier immédiatement.
Peut-on dire que l’inconscient nous protège ?
Dans certaines approches thérapeutiques, l’inconscient est parfois présenté comme une forme de protecteur.
Cette métaphore permet de comprendre que certains mécanismes ont pu se mettre en place pour nous aider à faire face à une situation difficile.
Une peur, un évitement, une réaction automatique ou un mécanisme de défense peuvent avoir eu une fonction protectrice ou adaptative à un moment donné.
Le problème apparaît lorsque cette ancienne protection continue à fonctionner alors que la situation a changé.
Ce qui aidait autrefois peut alors devenir gênant aujourd’hui.
On peut notamment rencontrer des mécanismes de défense comme le déni lorsque certaines réalités sont trop difficiles à reconnaître ou à intégrer à un moment donné.
Cela ne signifie pas forcément qu’un souvenir précis serait « caché » quelque part dans l’inconscient, mais plutôt que notre fonctionnement psychique peut parfois chercher à nous protéger de ce qui est vécu comme trop difficile.
L’inconscient n’a-t-il vraiment aucune notion du temps ?
On entend souvent en hypnose :
« L’inconscient ne connaît pas le temps. »
Cette phrase est surtout une métaphore.
Elle permet de comprendre qu’un événement ancien peut parfois provoquer aujourd’hui une réaction émotionnelle très actuelle.
Une situation vécue longtemps auparavant peut encore déclencher une peur, une sensation ou un automatisme comme si quelque chose de cette expérience restait actif dans le présent.
Cela ne signifie pas que notre cerveau est incapable de comprendre les années ou la durée.
Cela signifie plutôt que certaines traces émotionnelles et certains apprentissages peuvent continuer à influencer le présent longtemps après l’événement qui les a créés.
L’inconscient distingue-t-il le vrai du faux et comprend-il la négation ?
On entend parfois dire que « l’inconscient ne sait pas ce qui est vrai ou faux ».
Cette formulation est trop catégorique. En revanche, une pensée, une image mentale ou une situation imaginée peut provoquer une émotion ou une réaction bien réelle, même lorsque nous savons consciemment qu’elle n’est pas en train de se produire.
Il suffit parfois d’imaginer une situation inquiétante, gênante ou au contraire agréable pour constater que notre corps et nos émotions peuvent réagir à cette représentation.
On peut faire le même constat en lisant un roman ou en regardant un film : nous savons consciemment qu’il s’agit d’une histoire, et pourtant nous pouvons ressentir de la peur, de la tristesse, de la joie ou de la tension comme si nous étions momentanément plongés dans la situation.
De la même manière, on entend souvent que « l’inconscient ne comprend pas la négation ».
Là encore, cette phrase simplifie beaucoup le fonctionnement du cerveau. Nous sommes capables de comprendre une négation. Mais pour comprendre ce que l’on nous demande de ne pas faire ou de ne pas imaginer, notre esprit peut d’abord activer la représentation correspondante.
Par exemple :
« Ne pensez pas à un éléphant rose. »
Pour comprendre cette phrase, l’image de l’éléphant rose a probablement déjà traversé votre esprit.
Le langage lui-même peut aussi créer certaines ambiguïtés. À l’oral, une même suite de sons peut être comprise de plusieurs façons selon la manière dont elle est découpée ou selon le contexte.
Par exemple, « plutôt » et « plus tôt » se prononcent de façon très proche mais n’ont pas le même sens.
Certaines formulations peuvent également devenir ambiguës selon le contexte, notamment lorsque le « ne » de la négation est omis à l’oral, comme cela arrive fréquemment en français courant. Une phrase telle que « fume plus » peut alors prendre un sens différent selon la prononciation et le contexte : ne plus fumer, ou fumer davantage.
Cet exemple ne signifie pas que l’inconscient comprend le contraire de ce que l’on dit. Il montre surtout que le langage oral, le contexte, la formulation et la manière dont les mots sont entendus participent à la construction du sens.
Ces exemples montrent surtout que les mots, les images mentales et les représentations peuvent influencer notre attention, nos émotions et certaines réactions, sans pour autant signifier que l’inconscient serait incapable de distinguer systématiquement le réel de l’imaginaire ou de comprendre une négation.
L’inconscient est-il beaucoup plus grand que le conscient ?
On voit parfois circuler des chiffres comme :
5 % de conscient ;
15 % de subconscient ;
80 % d’inconscient.
Ces pourcentages ne correspondent pas à une mesure scientifique reconnue.
Il est donc préférable de ne pas les présenter comme des faits.
En revanche, l’idée générale que cette image cherche à transmettre peut être utile : une partie importante de notre fonctionnement mental se déroule sans être constamment présente à notre conscience.
Pour se représenter les choses simplement, on peut imaginer le conscient comme un petit espace de travail mental, tandis que les processus automatiques, les apprentissages, les associations, les souvenirs et les habitudes forment un réseau beaucoup plus vaste.
Cette comparaison est une métaphore pédagogique, pas une représentation anatomique du cerveau.
Pourquoi parle-t-on autant de l’inconscient en hypnose ?
Parce que l’hypnose ne mobilise pas uniquement la réflexion volontaire et consciente. Elle peut également faire appel à l’attention, aux perceptions, aux associations, aux émotions, à l’imaginaire et à certains automatismes.
Dans certaines approches, on parle volontiers d’inconscient. Dans d’autres, on utilise plutôt des termes comme :
processus automatiques ;
mémoire implicite ;
associations ;
apprentissages ;
perceptions ;
émotions ;
réponses non conscientes.
Les frontières entre conscient, subconscient et inconscient ne sont donc pas définies de la même manière dans toutes les approches. En hypnose, ces termes servent souvent avant tout de repères pédagogiques pour parler de différents modes de fonctionnement mental.
Certaines approches de l’hypnose accordent également une place importante aux images, aux symboles et aux métaphores. Ils peuvent permettre d’exprimer ou de faire émerger autrement certaines associations, émotions ou représentations, sans passer uniquement par l’analyse rationnelle et volontaire.
Dans certaines approches de l’hypnose, notamment éricksoniennes, l’inconscient est aussi présenté comme un réservoir de ressources. Il ne renverrait pas seulement à des difficultés ou à des automatismes, mais aussi à des apprentissages, des expériences, des capacités d’adaptation et des ressources acquises au fil de la vie.
Les mots changent selon les modèles, mais l’idée reste proche : nous ne contrôlons pas consciemment chaque pensée, chaque émotion ou chaque comportement qui se produit en nous.
L’imaginaire occupe également une place importante dans de nombreuses approches de l’hypnose. Une image mentale, une métaphore ou une représentation intérieure peut être ressentie de façon très vivante, même lorsque la personne sait qu’elle est en train d’imaginer.
Chez l’enfant, l’imaginaire occupe souvent une place particulièrement importante. L’hypnose peut ainsi être proposée d’une manière adaptée à son âge, à son développement et à son mode de fonctionnement. Nous reviendrons spécifiquement sur ce point dans un article consacré à l’hypnose chez l’enfant.
À retenir
La conscience désigne plus largement le fait d’être conscient de soi, de ce que l’on vit et de ce qui nous entoure.
Le conscient correspond à ce qui est présent dans notre attention ici et maintenant.
Le subconscient peut être utilisé comme image pour parler d’informations qui ne sont pas immédiatement conscientes mais qui restent relativement faciles à retrouver, comme un « tiroir à souvenirs ».
L’inconscient peut renvoyer, selon les approches, à un ensemble beaucoup plus large de processus, d’apprentissages, d’automatismes, d’associations, d’émotions et de représentations qui peuvent influencer notre manière de penser et d’agir sans être constamment accessibles à notre conscience.
En pratique, la distinction entre subconscient et inconscient n’est pas toujours utilisée de manière stricte. Selon les approches, le terme inconscient peut parfois désigner plus largement l’ensemble des processus automatiques et non conscients.
Il peut être utile de parler de l’inconscient comme d’un protecteur, à condition de comprendre qu’il s’agit d’une métaphore : certains mécanismes ont pu nous aider à un moment de notre vie mais devenir moins adaptés avec le temps.
Et surtout, conscient, subconscient et inconscient ne sont pas trois boîtes parfaitement séparées dans notre cerveau.
Ce sont avant tout des façons de décrire différents niveaux d’accès à notre expérience mentale et différents modes de fonctionnement.
Une représentation imaginée peut susciter des émotions et des réactions bien réelles. Cela ne signifie toutefois pas que l’inconscient serait incapable de distinguer le réel de l’imaginaire ou de comprendre une négation.
Sources et repères
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