Colère, tristesse, peur, frustration, culpabilité… Nous pouvons parfois avoir l’impression qu’une émotion prend toute la place, arrive trop vite ou devient difficile à contenir. Pourtant, ressentir fortement ne signifie pas nécessairement être « trop sensible » ou ne pas savoir gérer ses émotions. Bien souvent, ce que nous ressentons raconte quelque chose de ce que nous vivons, de notre histoire et de nos ressources du moment.
Une émotion n’est pas un problème en soi
Les émotions font partie du fonctionnement humain.
Elles apparaissent lorsque notre cerveau évalue qu’une situation est importante pour nous : quelque chose nous inquiète, nous menace, nous blesse, nous surprend, nous frustre ou, au contraire, nous apporte du plaisir et de la sécurité.
Une émotion peut alors s’accompagner de modifications très concrètes : accélération du rythme cardiaque, tensions musculaires, chaleur, boule dans la gorge ou le ventre, envie de pleurer, agitation, difficulté à réfléchir clairement…
Tout cela ne signifie pas nécessairement que quelque chose ne va pas.
Une émotion est d’abord une réponse de l’organisme à ce que nous sommes en train de vivre.
Elle peut attirer notre attention sur un besoin, une limite, une difficulté ou simplement sur quelque chose qui compte pour nous.
Pourquoi certaines émotions semblent-elles parfois disproportionnées ?
Il arrive cependant que notre réaction nous étonne nous-mêmes.
Une remarque banale nous bouleverse.
Un petit contretemps déclenche une colère importante.
Nous nous mettons à pleurer alors que, quelques minutes plus tôt, nous pensions aller plutôt bien.
Cela peut donner l’impression que la réaction est disproportionnée par rapport à l’événement.
Mais l’événement visible n’est pas toujours toute l’histoire.
Imaginez un verre que l’on remplit goutte après goutte.
Une journée chargée, un conflit, plusieurs nuits de sommeil difficiles, des soucis professionnels, une inquiétude familiale, des responsabilités qui s’accumulent…
Chaque élément peut sembler supportable pris séparément.
Puis une remarque, un retard ou une contrariété supplémentaire fait déborder le verre.
Ce n’est donc pas toujours cette dernière situation qui explique à elle seule l’intensité de l’émotion.
L’accumulation joue un rôle important
Nous pouvons fonctionner pendant longtemps en continuant à avancer malgré la fatigue, les tensions ou les préoccupations.
Nous faisons ce qu’il y a à faire.
Nous travaillons.
Nous nous occupons de la famille.
Nous répondons aux obligations quotidiennes.
Et parfois nous ne réalisons pas immédiatement tout ce que nous sommes en train de porter.
Le corps et le cerveau, eux, continuent pourtant d’enregistrer ces sollicitations.
Lorsque les ressources diminuent, la marge de tolérance peut devenir plus étroite.
Une situation que nous aurions facilement gérée quelques jours auparavant peut alors provoquer une réaction beaucoup plus forte.
Le stress et la fatigue peuvent amplifier les réactions émotionnelles
Notre capacité à prendre du recul n’est pas identique tous les jours.
Lorsque nous sommes reposés et relativement disponibles mentalement, il est généralement plus facile d’analyser une situation, de relativiser ou de différer une réaction.
En période de stress prolongé ou de fatigue importante, cela peut devenir plus difficile.
Le manque de sommeil, notamment, peut augmenter la réactivité émotionnelle et réduire certaines capacités de régulation émotionnelle.
C’est l’une des raisons pour lesquelles nous pouvons nous sentir beaucoup plus irritables, vulnérables ou sensibles après plusieurs mauvaises nuits.
L’émotion n’est donc pas seulement liée à ce qui vient de se produire.
Elle dépend également de l’état dans lequel nous nous trouvons au moment où cela se produit.
Notre histoire influence aussi notre manière de réagir
Deux personnes peuvent vivre exactement la même situation et ne pas ressentir la même chose.
Parce qu’une situation n’a pas le même sens pour chacun.
Une remarque peut être anodine pour une personne et réveiller chez une autre le sentiment d’être jugée, rejetée ou dévalorisée.
Une absence de réponse peut simplement signifier « la personne est occupée » pour certains et provoquer immédiatement de l’inquiétude chez d’autres.
Nos expériences passées, notre éducation, nos relations, nos croyances et les événements que nous avons traversés participent à la manière dont nous interprétons ce qui nous arrive aujourd’hui.
Cela ne signifie pas que toutes nos réactions viennent du passé.
Mais certaines situations actuelles peuvent parfois réactiver des sensibilités déjà présentes.
Pourquoi peut-on parfois « exploser » alors qu’on a beaucoup retenu ?
Certaines personnes expriment facilement ce qu’elles ressentent.
D’autres ont appris à contenir leurs émotions.
Ne pas pleurer.
Ne pas montrer sa colère.
Ne pas déranger.
Continuer malgré tout.
Faire bonne figure.
Cela peut fonctionner pendant un certain temps.
Mais retenir l’expression d’une émotion ne signifie pas nécessairement que l’émotion elle-même disparaît.
Elle peut rester présente sous forme de tension, d’irritabilité, de fatigue ou d’impression d’être constamment « à fleur de peau ».
Et lorsqu’une nouvelle difficulté survient, la réaction peut alors sembler soudaine et très importante.
La personne peut elle-même penser : « Je ne comprends pas pourquoi je réagis comme ça. »
Alors qu’en réalité, il ne s’agit parfois pas seulement de ce qui vient de se passer, mais de tout ce qui a été contenu auparavant.
À l’inverse, certaines personnes ont du mal à savoir ce qu’elles ressentent
Se sentir débordé émotionnellement ne signifie pas forcément pleurer beaucoup ou exprimer fortement ses émotions.
Certaines personnes ressentent plutôt une impression de confusion.
Elles savent qu’elles ne vont pas bien mais ont du mal à identifier précisément ce qui se passe.
Elles peuvent ressentir de la fatigue, de l’agacement, une boule dans le ventre, une envie de s’isoler ou simplement le sentiment d’avoir « trop de choses dans la tête ».
L’émotion peut être présente avant même que nous ayons réussi à lui donner un nom.
Prendre conscience de ce que nous ressentons et comprendre ce qui se joue peut donc déjà constituer une étape importante.
« Je sais que ce n’est pas grave, mais je n’arrive pas à réagir autrement »
C’est une phrase que l’on entend souvent.
Et elle illustre une distinction essentielle :
comprendre intellectuellement une situation ne suffit pas toujours à modifier immédiatement ce que l’on ressent.
Nous pouvons parfaitement savoir qu’une remarque n’était probablement pas volontaire, qu’une situation n’est pas dangereuse ou qu’une inquiétude est excessive…
…et ressentir malgré tout de la colère, de la peur ou de la tristesse.
Les émotions ne sont pas uniquement produites par un raisonnement conscient.
Elles impliquent également des réactions corporelles, des apprentissages passés et des mécanismes souvent très rapides.
C’est pourquoi se répéter simplement « calme-toi », « arrête d’y penser » ou « ce n’est rien » ne suffit pas toujours.
Réguler une émotion ne signifie pas la supprimer
On parle souvent de « gérer ses émotions ».
Cette expression peut parfois laisser penser qu’il faudrait parvenir à contrôler ce que l’on ressent.
Or la régulation émotionnelle ne consiste pas nécessairement à faire disparaître une émotion.
Il s’agit plutôt de pouvoir progressivement :
comprendre ce qui est en train de se passer,
identifier ce qui a déclenché la réaction,
mettre du sens sur ce que l’on ressent,
et retrouver suffisamment de disponibilité pour choisir comment agir.
Les recherches sur la régulation émotionnelle montrent d’ailleurs qu’il n’existe pas une seule manière efficace de réagir dans toutes les situations : les stratégies utiles dépendent du contexte, de la personne et de ce qu’elle traverse.
L’objectif n’est donc pas d’être constamment calme.
C’est plutôt de pouvoir traverser les émotions sans qu’elles prennent systématiquement toute la place.
Quand les émotions commencent-elles à devenir difficiles à vivre ?
Ressentir fortement une émotion de temps en temps est parfaitement humain.
Certaines périodes de vie peuvent également être naturellement plus sensibles : deuil, séparation, changement professionnel, difficultés familiales, fatigue importante, maladie, surcharge ou événements imprévus.
Il peut cependant être utile de s’interroger lorsque les réactions émotionnelles deviennent très fréquentes ou très intenses, lorsqu’elles génèrent une souffrance importante ou lorsqu’elles commencent à avoir des conséquences sur :
le sommeil,
les relations,
le travail,
la vie familiale,
la confiance en soi,
ou la capacité à réaliser les activités du quotidien.
Dans certaines situations, une évaluation médicale ou psychologique peut également être nécessaire, notamment lorsqu’un changement émotionnel important apparaît brutalement, persiste ou s’accompagne d’autres symptômes.
Comprendre ce qui entretient le débordement émotionnel
Lorsque les émotions deviennent difficiles à vivre, il n’existe pas forcément une cause unique.
Il peut être nécessaire d’explorer plusieurs dimensions :
ce qui se passe actuellement dans la vie de la personne,
la fatigue et le sommeil,
le niveau de stress,
les événements récents,
les habitudes de fonctionnement,
la manière dont les émotions sont habituellement exprimées ou retenues,
et parfois certains éléments de l’histoire personnelle.
Deux personnes qui disent « je suis trop émotive » peuvent en réalité vivre des situations totalement différentes.
C’est aussi pour cette raison qu’un accompagnement individualisé peut être utile : il permet de comprendre ce qui se joue pour cette personne précise, plutôt que d’appliquer une réponse identique à tout le monde.
Retrouver davantage d’apaisement
L’objectif n’est pas de devenir insensible.
Nos émotions participent à notre capacité à nous protéger, à créer des liens, à faire des choix et à nous adapter.
Mais lorsqu’elles deviennent trop envahissantes, comprendre ce qui les déclenche et ce qui entretient cette réactivité peut permettre de retrouver progressivement davantage de stabilité.
En séance, je peux vous accompagner pour explorer votre manière de fonctionner, votre contexte actuel et les éléments de votre histoire qui peuvent intervenir dans ce que vous vivez.
Selon vos besoins, différents outils peuvent ensuite être proposés de façon personnalisée afin de vous aider à retrouver davantage de sécurité intérieure et de liberté dans votre manière de vivre vos émotions.
L’objectif n’est pas de ne plus ressentir.
C’est de pouvoir ressentir sans être constamment débordé par ce que l’on ressent.

